Patrice PIGANEAU
Concours d'enchères n° 29

 

Dans le système français, le Contre de Sud montre classiquement 3 cartes à © dans une main de zone 2, ou une main forte. Certains, particulièrement en TPP, pratiquent le "contre-soutien" ("support double" en anglais) dès qu'ils ont trois cartes à ©, même avec une main de zone 1. C'est la convention jouée sur cette donne. Plusieurs experts désapprouvent cette façon de faire, la main ne se prêtant pas à jouer au palier de trois.

Canapé ou pas Canapé?

Comment faut-il alors interpréter le 3¨ du partenaire ? La majorité des experts français considèrent qu'il s'agit d'une enchère "Canapé" non forcing, plus longue à Carreau qu'à Cœur. En effet, avec une main faible ou moyenne, la règle est de donner la priorité à la majeure en réponse à une ouverture d’1§, le but étant d'en dire le moins possible et d'anticiper des enchères gênantes de l'adversaire, 1ª par exemple. Cette pratique est souvent associée à la convention Walsh qui consiste, pour l’ouvreur, à masquer une majeure quatrième en répondant 1SA après un début de
séquence 1§ - Passe - 1¨ - Passe , avec une main régulière sans inconvénient.
Dans cette optique, avec cette main strictement minimum (pour le contre), le passe semble s’imposer.

Une grande majorité s’est en effet exprimée pour le Passe :


BIGAT, COLLAROS, FERRARO, FOUILLET, HACKETT, HARARI, IONTZEFF, JEANNETEAU, MARINA, MOREAU, PACAULT, PIGANEAU, SCHMIDT :

Passe – C’est une séquence canapé répertoriée.


David HARARI


CARCY : Passe – Je vois bien Nord avec xxx, Axxx, RVxxxx ou approchant.


Dominique HIRTZ

HIRTZ, LEPRINCE :

Passe – Évident si le style de la paire permet ce contre douteux sur 2ª.

MEILLAUD : Passe – D'après la convention, que je réprouve, le partenaire connaît mes trois cartes à Cœur. Le tout c'est de ne pas laisser jouer 2ª en paires.
MEYER, RIGAUD : Passe – Avec une bonne main, 4 Cœurs et 5 Carreaux, Nord aurait répondu 1¨.
SVEINDAL : Passe – Le contre (discutable) montrait déjà trois cartes à Cœur. Sur l'ouverture d'1§, la tendance aujourd'hui est de donner la priorité à la réponse d'1©, au détriment de Carreaux plus longs, à moins d'avoir une main forte. En conséquence, je considère que mon partenaire est plus long à Carreau.

Plusieurs experts étrangers sont perplexes :

ALDER : Le partenaire pourrait-il avoir 4 Cœurs et 5 ou 6 Carreaux ? Si c'est le cas, je passe. Sinon, je reviens à 3© avec optimisme. Il manquait une explication.
KLUMPP : Je pense que mon partenaire a quatre Cœurs et cinq Carreaux dans une main non forcing. A moins que 3¨ ne soit une enchère d'essai pour 4© ?
KOKISH : Ca dépend de notre système. Si le partenaire est faible avec quatre Cœurs et des Carreaux plus longs, je passe. Sans convention, je dois dire 3© et non quatre parce que je pourrais être beaucoup plus fort pour mon contre, qui est très discutable.

Les autres experts considèrent que 3¨ est une enchère d'essai forcing et réagissent de façon plus ou moins
optimiste. La majorité voient leur main minimum et se contentent de 3©.
BAZE : 3© - Il est temps de dire au partenaire que je suis minimum.
BIRBEAU : 3© - Laissons ouvertes toutes les possibilités de contrat, soit 4©, soit 3SA (après une enchère de 3ª du partenaire), soit 4¨ si mon partenaire est faible avec 4© et 6¨.
CLARET : 3© - Éliminons d'entrée le cas où Nord aurait un canapé rouge : nous n'en avons pas convenu (ce serait évident si nous avions décidé le Walsh et le passe s'imposerait alors) et le partenaire devra assumer s'il a dérogé. Confirmons donc un bon fit et une main minimale Je reste ouvert à toute suggestion (je ne suis notamment pas gêné par le passe et serais bien placé sur 3ª pour dire 3SA).
DONOVAN : 3© - Mon contre montrait que je n’étais pas minimum. Au partenaire de décider s'il veut aller à la manche.
FENWICK : 3© - Certes, j'ai de belles cartes dans les couleurs rouges mais cela ne suffit pas pour sauter à 4©. Ma main est plus que minimum, dans une large fourchette , si l’on considère que la ªD ne vaut peut-être rien. Le "contre-soutien" n'est pas obligatoire avec un jeu minimum lorsqu'il pousse le partenaire au palier de trois.
JACOB : 3© - Je ne suis pas absolument sûr de la signification du contre (un soutien ?). En tous cas, ma réponse est facile.
KERLERO : 3© - Comme je n'ai pas la fâcheuse habitude de répondre 1© avec quatre Cœurs et cinq ou six carreaux, il ne s'agit pas d'un canapé. Néanmoins, je ne pense pas que Nord ait cinq Cœurs et la donne ne me plait pas (d'ailleurs je n'aurais certainement pas contré avec cette poubelle).
LANDY : 3© - J'aurais plutôt dit 3© au tour précédent, en admettant qu’il faille parler (la ªD étant de peu d'utilité).
MATEI : 3© - A mon avis, 3¨ montre une main positive avec un besoin d'aide dans cette couleur. Mon soutien Cœur étant médiocre, je me contente d'une partielle. Je vois mon partenaire avec xx, AV10xxx, A(R)xxx, x avec un mauvais partage prévisible à Carreau. D'ailleurs, j'ai déjà affirmé une bonne main avec trois Cœurs. Je n'ai rien de plus.
RUSSO : 3© - Je ne veux pas exagérer !
WANUFEL : 3© - Je donne ma main !

Quelques uns ont une vision plus optimiste et recherchent la meilleure manche:

KELDERMANS : 3ª - 3¨ est fort car mon partenaire aurait pu utiliser 2SA relais pour exprimer une main désirant défendre à 3¨. Je propose donc 3SA, de sa main de préférence.
TOMESCU : 3ª - J'espère le ªR troisième en face. Sinon on joue la manche, même en fit 4-3.
VARLAN : 3ª
1) L'enchère du partenaire est forcing.
2) Dans cette situation, 3ª promet exactement ½ arrêt.
ROCHA PINTO : 4§ - En contrant, j'ai montré trois cartes à Cœur, j'en montre maintenant cinq à Trèfle, sans contrôle à Pique.
BEAUVILLAIN : 4© - 3¨ est une enchère d'essai. Sauf si nous jouons le Walsh, auquel cas le partenaire possède quatre Cœurs et cinq ou six Carreaux et je passe.
HORTON : 4© - Je pense montrer une main limitée avec des honneurs utiles.

QUERAN : Passe - Même si je trouve la main trop faible pour contrer, nous sommes en situation de Canapé faible.

L'énoncé du problème présentait une erreur sans conséquences : le donneur est Ouest et non Sud, ce qui rend plausibles les trois passes initiaux. Le contre du partenaire promet au moins 8H, avec le plus souvent quatre cartes à Cœur. La main proposée n'a pas de redemande facile avec ses 16H sans fit identifié.
La moitié des experts, parfois à contre-cœur, a porté son choix sur 2SA, meilleure approximation pour
exprimer un double arrêt dans la couleur adverse, dans une main de zone 2, nécessairement irrégulière en l'absence d'ouverture d'1SA.


BEAUVILLAIN, approuvé par BIRBEAU, DONOVAN, HACKETT, HARARI, IONTZEFF, JEANNETEAU,
KELDERMANS, KERLERO, KLUMPP, MARINA, PACAULT, PIGANEAU, RIGAUD
: 2SA – 15-17H, irréguliers, court dans la couleur du partenaire, des arrêts à Pique : le Livre quoi …
FENWICK : 2SA – Décision difficile entre Passe et 2SA. Défendre contre un contrat au niveau de un, surtout contre des adversaires non vulnérables, m'a rarement souri.
HIRTZ : 2SA – La moins mauvaise.
MOREAU : 2SA – Pas de très bon choix et pas de réelle alternative.
RUSSO : 2SA – Sur entame Cœur, 3SA ne sera pas une promenade.
SVEINDAL : 2SA – Don't like it, but nothing is perfect ! (NDLR : pas besoin de traduction !)

En raison des trois As et du manque de cartes intermédiaires, d'autres préfèrent s'orienter vers un contrat à la couleur.


BAZE : 2§ - Je pourrais toujours revenir à SA, mais je veux que mon partenaire comprenne que ma main se prête à un contrat à la couleur avec plus de 14H. 1SA serait un "under-bid" caractérisé et donnerait une mauvaise image de la main. Je réserve le passe aux joueurs du Mississipi !
COLLAROS : 2§ - Le moins mauvais mensonge et surtout le plus souple. Si Nord corrige à 2¨ ou nomme les Cœurs, on dira 2SA.
FERRARO : 2§ - Je suis en mauvaise posture. J'essaie de faire quelque chose de dynamique, mais rien n'est sûr!
CLARET : 2§ - Un peu original certes mais si je reste dans ce contrat, le partenaire a très peu de Carreaux (quelques Piques en raison de l'absence de fit et de répétition adverse, du Cœur et du Trèfle pour son contre) et il n'est pas prouvé que ce soit le mauvais contrat. Sur 2© probable, je dirai 2SA pour rendre hommage à la force d'honneurs de la main en dépit du peu d'attrait de ces couleurs creuses : je préfère jouer à la couleur.
FOUILLET : 2§ - Puis 2SA si Nord reparle.
JACOB : 2§ - Passe pourrait être la bonne enchère avec des vulnérabilités différentes. 2§ nous donne plus de flexibilité.
KOKISH : 2§ - L'alternative est 2SA, qui est un peu exagéré. Le partenaire reparlera souvent sur 2§ ce qui me permettra de montrer mes réserves. On peut certes manquer une manche en 4-3, mais je préfère être optimiste. En TPP, 2SA n'est pas si mauvais.
TOMESCU : 2ª– En prévision de 3SA, mais je ne veux pas rater 6¨.
BIGAT : 3§ – Le singleton Cœur me décourage pour SA. Pour le moment, nous n'avons pas de fit connu.


Certains experts sont à l'affût de la pénalité, bien que conscients que la non-vulnérabilité de l'adversaire rend ce pari un peu risqué:


ALDER : Passe – A l'origine, je voulais sauter à 2SA, qui montre, je pense, 15-17H avec 4 Piques, au prétexte que l'adversaire m'a pris mon enchère. Mais après réflexion (ce qui veut sans doute dire que je serai seul à faire cette enchère), j'essaye une pénalité. Si je prends un zéro, ce ne sera pas le premier.
CARCY : Passe – Le coup va être injouable en attaque et les distributions vont être inélégantes. Et puis, en TPP, un zéro n'est qu'un zéro. (Je sens tout de même le bon coup).
ROCHA PINTO : Passe – Je peux marquer 300 contre peut-être rien.


Considérant que leur ligne détient la force requise, trois experts sautent directement au contrat qu'ils
veulent jouer :


MEILLAUD : 3SA – Le contrat magique !
SCHMIDT : 3SA – Enchère honteuse, mais pragmatique !
WANUFEL : 3SA – Le contrat que je veux jouer !

QUERAN : 2§ – Enchère plus souple que 2SA qui me semble un peu exagéré. Le passe est envisageable si on joue top ou zéro.


Marc HORTON

Eric KOKISCH

D'autres enfin préfèrent dévaluer leur main :

LEPRINCE : 1SA – Mais l'enchère de 2SA tombera souvent mieux. Le singleton Cœur incite néanmoins à la prudence.
LANDY : 1SA – En réponse à un contre, 1SA ne promet pas toujours une main régulière. Ma seule hésitation est entre 1SA et 2SA. Sans fit identifié, je préfère garder des réserves. En duplicate, je dirais 2SA.
MATEI : 1SA – C'est délicat. Je suis à la limite supérieure d'une enchère sans saut, mais un peu trop faible pour une attitude forte. En duplicate, je dirais 2¨, dans l'attente d'une enchère coopérative à 2ª. En TPP, je préfère 1SA, probablement comme tout le monde. Mes seize points ne sont pas très tentants.
HORTON : 2¨ – De toute évidence, vous souhaitez que le partenaire reparle. Mais pour le moment, vous confirmez au moins de vrais Carreaux.

Apparemment, deux questionnaires différents ont circulé. L'un mentionnait que 2§ est forcing de manche, l'autre ne précisait rien. Sans indications, on pouvait deviner le caractère forcing de manche de l'ouverture. En France, il est tout à fait déconseillé d'ouvrir de 2 fort indéterminé les violents bicolores de ce genre, la recommandation étant un 2 forcing de manche ou une ouverture au palier de un.


Il aurait été intéressant aussi de préciser la signification du passe du partenaire. La majorité des experts l'ont interprété comme un signe de faiblesse. Après une intervention sur une ouverture forcing de manche (2§ ou 2¨), certains experts disent contre pour indiquer une main blanche. Il aurait été instructif de voir la réaction d'Ouest après X- Passe-Passe !
Face à cette intervention inattendue, une question vient immédiatement à l’esprit : "Psychique ou non ?". Si c'est un psychique, il va être très difficile de le faire comprendre au partenaire, le contre dans cette position étant d’appel. Si le barrage est sincère (après tout, pourquoi pas ?), il laisse présager de très mauvaises distributions dans un contrat à Carreau, seul atout envisageable. Pour ces raisons, la grande majorité du jury a préféré passer, estimant que c'était la meilleure façon de marquer dans la colonne. Une moitié considère que Ouest est sincère.

RIGAUD : Passe – Je connais très bien la donne, car j’avais cette main. Tout le monde était en fait Non-Vulnérable, d’où le choix difficile quand j’ai joué la donne dans le comité de Bourgogne. Après l’ouverture de 2§ Forcing de manche et l’intervention de 3© qui est pour le moins surprenante, il me reste 2 choix possibles :
1 – L’adversaire a fait un psychique et je dois dire 6© avec de grandes chances de les faire, et sans moyens véritables pour chercher le grand chelem qui pourrait provoquer une catastrophe.
2 – L’adversaire a vraiment des Cœurs et alors là, ma meilleure chance de marquer dans la bonne colonne, est de passer, car les répartitions doivent-être très mauvaises.
Connaissant l’adversaire, j’ai pensé qu’il avait vraiment des Cœurs et j’ai donc passé.
La suite a été très mouvementée, mon partenaire est parti de la table en criant dans les couloirs qu’il jouait avec un fou furieux. Il a fini par revenir à la table, et l’adversaire a chuté de 6 levées, 300 dans la bonne colonne. A l’autre table, où jouait mon frère Philippe, les adversaires, avec nos jeux, sont arrivés à 6¨X pour 4 levées de chute et 800 pour nous.
Total : 15 IMP’s pour le fou furieux et une bonne histoire à raconter.
BAZE : Passe – Ma main n'a plus de valeur, même avec un fit moyen à Carreau.
BIGAT : Passe – Nord, qui n'a pas contré spoutnik, n'a probablement rien d'utile pour moi.
BIRBEAU : Passe – Quel dommage de ne pas avoir Ouest comme partenaire! Marquons dans la colonne plutôt que d'envisager un hypothétique 5 ou 6¨.
CARCY : Passe – S'il n'y a pas de coquille dans
l'énoncé, je produis l'enchère technique de "vous les jouez contrés tous les trois" !! Rappel : Je suis un bon client pour les "barreurs".
COLLAROS : Passe – Tant pis s'il y a 6¨. Je suis sûr de marquer la valeur de la manche, avec entre 15 et 25% d'intérêts (6, 7 ou 8 levées de chute à 3©).
IONTZEFF : Passe – Laissons les chuter de 4 ou 5. Voilà pourquoi on enseigne de ne pas ouvrir de 2§ avec des bicolores excentrés. (NDLR : Le questionnaire de Georges ne devait pas mentionner le caractère forcing de manche de l'ouverture de 2§). L'ouverture d'1© m'aurait simplifié la tâche.
JACOB : Passe – Devrait nous rapporter une bon résultat, à moins d'un gros fit Carreau. Comme le partenaire n'a pas dit 3ª librement, je ne crois pas que nous passions à côté d'un gros fit.
JEANNETEAU : Passe – Take the money and run ! J'ai peut-être 7¨ sur table, mais par quoi réveiller ? Contre est exclu, 4¨ possible mais il faudrait expliquer à cette ravissante Sud aux grands yeux noisette que cette ouverture de 2§ est hors normes. (NDLR : Yves aussi avait le mauvais questionnaire).
KERLERO : Passe – Mais d'où sort cette ouverture de 2§ ??? Le choix était entre 1© et 2¨. Nord étant nul quand il passe sur 3©, j'essaie de marquer dans ma colonne.
KELDERMANS : Passe – Mon partenaire aurait contré pour montrer un petit peu de jeu ; de plus je le soupçonne d'être singleton ou chicane Cœur et de ne pouvoir tenir un éventuel contre. En passant, je marque dans la colonne.
KLUMPP : Passe – Quelle surprise ! Mais je veux marquer dans la bonne colonne.


Une autre moitié soupçonne un psychique mais préfère aussi en rester là et marquer dans sa colonne.


FENWICK, suivi par CLARET, ALDER, BEAUVILLAIN,HACKETT, HIRTZ, LANDY, LEPRINCE, MATEI, SVEINDAL, TOMESCU : Passe – Pour que mon passe soit perdant, il faudrait une des deux conditions :
a) Que l'enchère d'Ouest soit psychique (vulnérable ?), et il ne m'est pas possible de le déceler.
b) Sinon, que je trouve un très beau fit Carreau pour jouer un chelem (Que ferai-je de tous ces Cœurs sans qu'ils soient surcoupés ?). Je n'ai pas de raisons de croire que l'une ou l'autre de ces conditions existe.
FERRARO : Passe – C'est une plaisanterie ?
FOUILLET : Passe – Dans ce genre de situation, je passe.
MEILLAUD : Passe – Ca ne va pas gagner !
MEYER : Passe – Ouest est quasi certainement psychique. Encaissons 700 et battons les manches. Si nous avons un chelem, nous admirerons l'opportunisme de l'adversaire.
MOREAU : Passe – Gag ! Que signifie le passe du partenaire ? Où sont les Piques ? et les Trèfles ? Ouest a-t-il fait un psychique avec un repli à Pique ? Peu vraisemblable compte tenu de la vulnérabilité.
PIGANEAU, ROCHA PINTO, RUSSO : Passe – Situation impossible! Je choisis de marquer dans ma colonne.
SCHMIDT : Passe – Si c'est un psychique, je ne sais pas comment lutter contre (et puis c'est peut-être mieux ainsi). Si ce n'est pas un psychique, je produis une enchère centenaire (comme les crues!).
VARLAN : Passe – J'aimerais bien jouer avec mon adversaire de gauche ! C'est un grand malin, je lui tire mon chapeau car de toutes les façons, ils vont barrer notre chelem à Cœur ou à Carreau. Je passe et je pense qu'on fera toutes les levées.
WANUFEL : Passe – A mon avis, il me fait un psychique!

Plusieurs partisans du contre considèrent que l’enchère est punitive. Ils espèrent ainsi obliger Ouest à se démasquer s’il est psychique.


Nevena SENIOR

Guido FERRARO

DONOVAN : Contre – Ce serait pathétique de passer en laissant Ouest chuter non contré. A moins que nous ne lui faisions confiance. Il va y avoir des étincelles et je m'attends à aboutir à un chelem, probablement 6©.
MARINA : Contre – Je joue le contre punitif par l'ouvreur de 2§ ou 2¨. Sinon j'aurais passé.
HORTON : Contre – Punitif ! Nord joue-t-il au malin ? Le problème, si ce n'est pas le cas, est que nous avons un tas de perdantes Cœur dans un chelem à Carreau.
PACAULT : Contre – Il faudrait préciser si 2§ est Albarran ou fort indéterminé (NDLR : encore ce questionnaire !). Impossible de se laisser piéger par un psychique.
HARARI : Contre – Insoluble. Si Ouest est psychique, il est bien tombé. Dans ce cas, le contre va l'obliger à se démasquer. Au pire, il sera temps de nommer les Carreaux si le partenaire dégage.


Un seul expert considère qu’il n’a pas le droit de passer par ce que la situation est forcing :


KOKISH : 4¨ – Si Ouest a fait un psychique vulnérable, il va toucher le coup. Le passe de mon partenaire est forcing. Je pourrais faire preuve d'indiscipline en passant pour marquer 300. Je préfère aller au bout, en faisant confiance à l'adversaire, ce qui laisse augurer d'une distribution intéressante chez mon partenaire. Nous pourrions faire 7¨ mais j'en doute quand même.

Faut-il on non faire un effort de manche ? Telle est la question qui se pose sur cette main.
Avec de bonnes cartes en Nord, c'est-à-dire sans points perdus dans les noires, la manche semble un bon pari, surtout en raison de la vulnérabilité.
C’est un problème de Match par Quatre. Appeler et gagner la manche rapporterait 10 IMP’s, la chuter n'en
coûterait que 6.


Cela reste un pari correct.

La prime de manche n’est pas le seul argument pour reparler. Le silence observé jusqu'ici par les adversaires est intrigant compte tenu des neuf piques (ou plus) qu'ils sont censés détenir avec une force en points d'honneur proche de la nôtre. Avec au moins huit cœurs dans notre ligne et au moins neuf piques dans la ligne adverse, la loi des levées totales nous incite à reparler. En effet, si nous chutons 3©, l'adversaire doit gagner 3ª. Cependant le mutisme adverse semble indiquer des distributions plates. Est-ce la peine de reparler pour les empêcher de réveiller, malgré le peu d'envie qu'ils semblent en avoir ?


La majorité pense que oui, partagée entre la tentation d'une manche et le désir de barrer l'adversaire.

ALDER : 3© - Évident pour moi vulnérable en duplicate. Je n'ai que cinq perdantes.
BEAUVILLAIN, FOUILLET : 3© - Je remets une tune dans le bastringue, sans émoi. Un rien permet de scorer 620 : du genre Dx à Cœur et l'As de Carreau.
COLLAROS : 3© - Il y a plus à gagner qu'à perdre.
FERRARO : 3© - Enchère bivalente. Si je passe, quelqu'un va dire 2ª ou contre et de temps en temps le partenaire peut aller à 4© qui gagnent.
HARARI : 3© - Celle-ci me paraît assez facile, montrons un espoir de manche avec un 6-4 rouge. Si le partenaire est faible, ils ont peut-être 4P.
JACOB : 3© - Le partenaire a peut-être les bonnes cartes. En outre, les adversaires ne se sont pas encore manifestés à Pique.
KELDERMANS : 3© - Proposition avec six cartes. L'idéal serait Axx, Dx, V10x, xxxxx.
KOKISH : 3© - En TPP, j'envisagerais de passer.
MATTEI : 3© - Invitation sur les rouges. Mes valeurs défensives contre 2ª sont discutables. Toutes les circonstances sont réunies pour cette enchère.
LEPRINCE, KERLERO, RIGAUD, VARLAN : 3© - Si le partenaire a les bonnes cartes, on fait facilement la manche qu'il ne faut pas rater en match par quatre.
MOREAU : 3© - Un effort s'impose vulnérable en duplicate. 3§ serait plus descriptif mais dangereux, le partenaire me voyant plutôt trois cartes.
MEILLAUD, PACAULT : 3© - Manche improbable mais possible. En outre 3© peut empêcher le réveil à Pique.
BIGAT, BIRBEAU, HIRTZ : 3© - Où sont les Piques, où sont les points ?
SCHMIDT approuvé par MARINA et RUSSO : 3© - Surtout pour éviter le réveil. Parfois le partenaire, apprenant mon sixième Cœur, dit 4© (Dxx, Rx, AVxx, xxxx).
DONOVAN, SVEINDAL : 3© - Tentant de faire un effort, même si une partielle est un coup sûr. Avec neuf Piques dans la ligne adverse, c'est une enchère à double utilité.


Bogdan MARINA

Jean-Paul MEYER


HORTON : 4© - Je n'ai jamais pu résister à ce genre de pari. 3© a l'air évident mais le partenaire pourrait facilement passer avec les bonnes cartes.
IONTZEFF : 4© - Nous avons déjà une chance de les gagner mais surtout nos adversaires ont au moins neuf cartes à Pique et peut-être une manche qu'ils ne risquent plus de retrouver.


D'autres préfèrent une enchère d’essai :


WANUFEL : 2SA – Essai, mes cartes ont une belle "gueule".
FENWICK, suivi par KLUMPP, ROCHA PINTO et TOMESCU : 3§ – Je suis tenté de déclarer la manche directement, mais ce serait un peu brutal. Passons donc par un essai, en montrant où j'ai mes valeurs.


Une forte minorité préfère en rester là, sans craindre ni un réveil à Pique ni un empaillage.


CLARET résume bien leurs arguments : Passe – Sans états d'âme. Si Ouest ne réveille pas avec au minimum neuf cartes à Pique (et environ la moitié des points d'honneurs) dans sa ligne, c'est que le partenaire détient des honneurs (à priori inutiles). S'il le fait, il sera temps de faire une tentative 3© pour montrer six cartes et, en duplicate, quelques ambitions plutôt que 3§ qui risque de rester (résidu de trois cartes dans la longue affichée du partenaire). Enfin, qu'on ne vienne pas me dire qu'il faut barrer à ce stade : le flanc a eu toute latitude d'introduire ses Piques plus tôt.
CARCY, suivi par BAZE, HACKETT, MEYER et PIGANEAU : Passe – Je ne crois pas au Père Noël. En "remettre une couche" serait avoir peur de son ombre. S'ils réveillent, j'aviserai.
JEANNETEAU fait un clin d'œil à nos amis belges : Passe – J'ai bien vu, on est en carré et vulnérables, mais Nord a au plus deux cartes à Cœur. La manche est très lointaine (seule bonne main: un As et deux gros honneurs à Cœur).
LANDY : Passe – Le partenaire aurait pu dire 3© avec une main qui convient. Nous pouvons certes manquer la manche s'il n'a que la ©D et le ¨A. En outre, les adversaires peuvent réveiller avec leurs Piques, mais peut-être n'oseront-ils pas vulnérables.

Avec 11 points H et 4 atouts, il semble évident, même en TPP, de faire un effort avec cette main.
Mais de quelle façon ?
L'enchère de 2SA, naturelle et descriptive, et classiquement non forcing, vient tout de suite à l'esprit, malgré les quatre cartes à Pique, en raison de la distribution 4333 et des honneurs éparpillés. Une manche à 3SA peut être plus facile à réaliser qu’à la couleur. En général, l'adversaire vous livrera plus volontiers une levée à Cœur à l'entame. Néanmoins, sauf si le partenaire amène un petit complément du style Dx, il faudra arriver à neuf levées sans rendre la main, c'est-à-dire trouver au mort une main telle que :
ARxxxx, xx, Axx, xx.


Cette enchère a été privilégiée par la grande majorité des experts. Certains regrettent son caractère non forcing, estimant qu'elle pourrait être utilisée comme un relais (comme sur l'ouverture du deux majeur faible).


BAZE suivi par COLLAROS, FOUILLET, PACAULT, PIGANEAU, RUSSO, TOMESCU : 2SA – Si le contrat est à SA, c’est notre seule chance d’y parvenir.
FERRARO : 2SA – Quoi d'autre ?
ALDER : 2SA – Si ça marche, je vais passer pour un génie (jusqu'à la prochaine donne). Sinon, le partenaire va marmonner à propos de ma santé mentale et se mettre à chercher un partenaire pour la prochaine donne.
JEANNETEAU, soutenu par FENWICK et SVEINDAL : 2SA – Naturel, protégeons ce Roi de Cœur. Neuf plis seront peut-être plus faciles que dix. J'ai conscience d'être un peu dans le «rough », mais si la balle tombe sur le fairway, tant mieux. De plus si Nord a une seconde couleur, il l'annoncera, alors on avisera.
LEPRINCE : 2SA – Sans conviction mais, bon, en paires…


Pour deux experts, l’enchère de 2SA est forcing :


KOKISH : 2SA – J'aime jouer cette enchère forcing, bien que ce ne soit pas standard. Notre contrat peut être 3ª, 4ª ou 3SA et nous avons besoin de place pour prospecter. Essayez ce gadget de 2SA forcing, vous l'aimerez.

CARCY : 2SA – Proposition pour neuf levées au lieu de dix, sans préjuger de la suite des événements. (2SA est forcing bien sûr). Les tenants du cue-bid à 3© sont sans doute inquiets du caractère non forcing de 2SA, car ils se proposent pour la plupart de dire 3SA sur la répétition probable des Piques.
JACOB : 3© – Je passerai si le partenaire répète 3ª. 2SA marcherait peut-être aussi, mais j'ai trop de Piques pour ne pas soutenir.
HACKETT : 3© – Un bon soutien à 3ª.
HORTON (qui a choisi puis barré 2SA) : 3© – Comment juger ce que vaut cette main ? J'ai déjà rencontré ce problème : protéger le Roi en jouant pour neuf levées ou se contenter d'un contrat à Pique.
KLUMPP : 3© - Très difficile ! 2SA serait-il un Lebensohl ? Je passerai si le partenaire répète 3ª.
HARARI, MARINA, RIGAUD, ROCHA PINTO, SCHMIDT : 3© - Pour pouvoir dire 3SA sur 3ª et laisser ainsi le choix au partenaire.
MATTEI : 3© - Un autre problème délicat. Il est facile d'imaginer des mains où le meilleur contrat est 3SA, 4ª ou une partielle. J'aimerais avoir un gadget avec 2SA forcing. Si mon partenaire dit 3ª, je propose 3SA. Sinon, je rectifie à 4ª. Les autres possibilités sont 2SA (non forcing), dangereux mais pas absurde par paires, 3SA unilatéral, 3ª sous-biddé.


Les partisans de 3ª se contentent d'une proposition non forcing, qu'ils préfèrent à 2SA en raison du grand nombre de Piques dans la ligne.


CLARET : 3ª – Je ne suis pas friand des SA avec un fit majeur 9ème (au bas mot). Comme je ne peux plus jouer le coup à Pique, ce Roi de Cœur doit être dévalué ainsi que le 4ème Pique, dont les capacités de coupe sont douteuses. Aussi, je me contente d’un soutien de politesse.
KELDERMANS : 3ª – Pour faire un geste, mais cette main me fait peur.
KERLERO : 3ª – Si Nord à xx à Cœur, mon Roi ne vaut rien mais 3SA chute aussi. Si Nord a singleton Cœur, 3SA est grotesque. Seul bon cas pour SA, xxx en Nord.
LANDY : 3ª– Ni 2SA ni 3©. Même 3ª est exagéré la plupart du temps en raison des nombreuses perdantes.
MEYER : 3ª– Certes, mon Roi est mal placé, mais le partenaire a le droit d'avoir la ©D ou l‘©A. Je ne peux pas couper le dialogue trop brusquement.
MOREAU : 3ª– Je ne vois pas comment détecter que le bon contrat est 3SA par ma main. 3ª propose au partenaire d'en rester là si son intervention est minimum. (Après tout, ma main est trop plate et que vaut mon ©R ?)


Plusieurs experts, plus optimistes, sautent à la manche estimant un chelem trop improbable.


HIRTZ : 3SA – Gambling !
MEILLAUD : 3SA – Il y a plus d'inconvénients à jouer à Pique (en Nord) qu'à SA.
WANUFEL : 3SA – Mon partenaire sait que j'ai le fit.
BIRBEAU, DONOVAN, IONTZEFF : 4ª – 4333. Aucune plus-value, aucun effort.
VARLAN : 4ª – Non, je ne dis pas 3SA. En fit 5-3, oui mais là j'ai un fit 5-4 ou plutôt 6-4 à Pique. Pour un chelem, mon partenaire aurait dû contrer. Je joue en paires et je veux jouer ce coup tranquille.


Seul un expert, très pessimiste, ne craint pas de passer :


BEAUVILLAIN : Passe – Hors-champ ? Je m'en f... Il faut une bombe pour gagner quelque chose avec R106 à Cœur. Ou alors 2SA si on m'oblige.

QUERAN : A la table, j’ai annoncé la manche, ai été contré, et en ai pris pour 500 !!!
Alors, j’éviterai tout commentaire, sauf celui de constater que Olivier était encore sur un bon coup, et seul, de surcroît ...


Hervé PACAULT

Grant BAZE

Les experts sont très nombreux à condamner l'enchère de 2ª, lui préférant le soutien direct à 3§. Rappelons que dans le système français, la répétition de la majeure d'ouverture au palier de deux n'allonge en rien la couleur. Le soutien d'une mineure après ouverture majeure est une enchère forcing, très souple montrant un 5-4 (exceptionnellement 5-3) de 16 à 22 S. Quand on peut montrer en une enchère neuf cartes plutôt que cinq, il ne faut pas se priver.

Après l'enchère de 2ª et le soutien forcing à 3ª, l'usage est de poursuivre par la nomination d'un contrôle, 3SA ou 4ª constituant des coups de frein selon la force de ma main et la qualité des Piques.
L'enchère de 4§ devrait donc exprimer un contrôle (du genre Ax ou Rx) et non un fit Trèfle.


Certains experts préfèrent cependant exprimer leur soutien à Trèfle, même de façon retardée, tout en étant conscients de l'ambiguïté.

ALDER, BEAUVILLAIN, HORTON, JACOB, LEPRINCE, MEILLAUD : 4§ – Pourquoi ai-je dit 2ª? Qu'y a-t-il de mal à dire 3§ avec l'intention de répéter les Piques ? Maintenant, je vais devoir me sortir de ce guêpier!
KERLERO : 4§ – Je refuse absolument de déclarer 2ª avec ce jeu !! L'enchère de 3§ est absolument obligatoire. Maintenant, je suis dans une position ridicule.
RIGAUD : 4§ – Il faut bien montrer le beau complément à Trèfle car le partenaire a souvent As et Roi longs et ça pourrait permettre de gagner 7§. (A noter que j'aurais certainement dit 3§ sur 2§).
BAZE: 4§ – Je montre un intérêt pour le chelem. Au partenaire de continuer au delà de 4ª.
COLLAROS : 4§ – Tant pis si le partenaire prend ça pour un contrôle. D10xx n'est mauvais qu'en face de Vxxx.
FENWICK, HIRTZ, IONTZEFF, KELDERMANS : 4§ – Établissons la couleur d'atout en montrant le soutien - rien ne garantit que le contrat sera joué à Pique et non à Trèfle - avant de passer aux cue-bids.
KOKISH : 4§ – Facile. Tout le reste est compliqué. Une longueur et des honneurs dans la couleur du partenaire ont toujours de la valeur.
MATTEI, ROCHA PINTO : 4§ – Établissons d'abord le deuxième fit. Un Cue-bid serait ambigu et 4ª serait criminel, avec un partenaire intéressé par le chelem. Pour la suite, j'ai un gadget avec le BW a 6 cartes clé.
MEYER : 4§ – Je manque d'honneurs de tête. Laissons le partenaire s'exprimer.
VARLAN : 4§ – Ma §D quatrième est plus importante que mon singleton Carreau.
WANUFEL : 4§ – Pas nécessairement le contrôle.


Un expert préfère exprimer son soutien trèfle plus vigoureusement.


DONOVAN : 5§ – Je ne comprends pas la main de Nord. Au cas où il soit fort, je préfère exprimer mon soutien à Trèfle caché jusqu'ici.


Plusieurs experts préfèrent nommer leur premier contrôle, tout en déplorant eux aussi la deuxième enchère de l’ouvreur.


FOUILLET, HARARI, JEANNETEAU, MOREAU, PIGANEAU, SCHMIDT : 4¨ – J'aurais dit 3§ au tour précédent. La séquence est faussée. Maintenant je nomme mon premier contrôle.
FERRARO : 4¨ – Dans le style italien, on nomme les contrôles dans l'ordre.
CARCY : 4¨ – J'ai horreur de cette habitude qui consiste à cacher, souvent définitivement, un fit réel au partenaire. En pratique, je vais ensuite être obligé de plonger à 6§ pour qu'il devine que j'ai un bon fit et non un contrôle.
BIRBEAU : 4¨ – J'ai un joli 6-4. Pourquoi ne pas engager la conversation, en déniant le contrôle Trèfle?
HACKETT, KLUMPP : 4¨ – Cue-bid
TOMESCU : 4¨ – Obligatoire, non ?


Quelques experts sautent directement au Blackwood.

CLARET a rectifié la séquence et répond comme s'il avait soutenu à 3§ au tour précédent: 4SA – Je prends mes responsabilités. Certes, je ne suis pas très musclé mais l'enchère de 3ª, qui montre sans ambiguïté le Roi, me donne les clés de la décision. Le BW 5 as (j'ai convenu une fois pour toutes que le cinquième était le Roi de la première couleur fittée, ici Trèfle) permet de s'arrêter à 5§, 6§ ou 7ª, en protégeant le Roi de Cœur dans les deux premiers cas. Il serait beaucoup plus délicat de décrire mes deux Dames noires en laissant le capitanat à Nord. En admettant que mon enchère précédente était 2ª, je dis 4§, minimum certes mais que de bonnes nouvelles : le sixième Pique dans une couleur de bonne qualité, un fit de longueur et d'honneur, les contrôles rouges. Je me refuse à freiner (3SA dans ma conception, 4ª consommateur de paliers décrivant spécifiquement une bonne main obérée par une vilaine couleur d'atout).
LANDY : 4SA – Si 3ª est une enchère de chelem, je suis tentée par le BW. Ma main s'améliore avec ces enchères.
PACAULT : 4SA – Le plus simple pour déclarer le chelem.
SVEINDAL : 4SA – BW. Un double fit - si le partenaire répond 4 clés, je l'interroge pour le §R à 6§.

QUERAN : « Chose promise, chose due » . Ayant promis à mon ami Claude, joueur d’avenir, mais enchérisseur têtu, de poser le problème dans le concours, malgré deux heures d’argumentation sur le fait qu’il était supérieur de fitter tout de suite à Trèfle, que la main ne valait pas 12 points d’honneurs, mais 17-18 points de soutien, et que l’on avait le temps de dire que l’on avait 6 beaux Piques, c’est fait.
Sur la donne, il fallait jouer 7§.
Pardon, j’oubliais, sur cette séquence « délicate », je produis l’enchère de 4§, il faut bien fitter un jour.
Amis experts, chers confrères, j’ose espérer que mon ami Claude vous croira plus qu’il ne m’a cru.

Défense contre le Trèfle de Précision. L'ouverture de 2§ montrant une main 9–14H unicolore Trèfle ou bicolore Trèfle-majeur, il fallait décider si la main proposée justifiait une intervention ou non. Sans surprise, le jury ne propose que trois enchères différentes. Un gros tiers contre d'appel, un autre intervient à 2©, le dernier tiers préfère passer. Plusieurs suggèrent de se mettre d'accord sur la signification du contre sur ce genre d'ouverture.
Les partisans du contre refusent la passivité en TPP. Ils espèrent que si leur partenaire introduit les Carreaux, se sera à un palier leur permettant de rectifier à Cœur.


Ecoutons un spécialiste :
PACAULT : Contre – Lâche de passer en TPP. Être lâche rapporte rarement.
BEAUVILLAIN, COLLAROS : Contre – Problème déjà vu (N° 40, mars 2000). Sur les Carreaux je nommerai les Cœurs.
CARCY : Contre – Nul n'est parfait … Mais mon nombre de Trèfles me laisse espérer un fit majeur. Moins mauvais que 2©, je crois.
DONOVAN : Contre – Routine !
FERRARO : Contre – 2© est dangereux, nous risquerions de manquer les Piques. Contre n'est pas non plus un tableau de Tintoretto si le partenaire nomme 2 ou 3¨.
IONTZEFF : Contre – Tant pis si le partenaire nomme les Carreaux. Mieux vaut vite trouver une majeure avant d'être soumis à un barrage.
ROCHA PINTO : Contre – Sur la réponse de 2¨, 2© a tendance à montrer cinq Cœurs et quatre Piques.
JACOB : Contre – D'appel. Je rectifierai à Cœur si le partenaire nomme les Carreaux.
LEPRINCE : Contre – A l'impossible, nul n'est tenu ! Bien sûr le contre n'est pas confortable, mais passer me paraît plus dangereux.
MEILLAUD : Contre – Sud pourra dire 2© sur 2¨ de Nord (éventuellement).
MEYER : Contre – D'appel puisque le Trèfle est naturel. C'est le moment où jamais de faire connaître mes longueurs dans les majeures.
SCHMIDT : Contre – Le champ sera confronté à l'ouverture d'1§ et je préfère récupérer l'offensive moi-même.


Les partisans de 2© refusent la passivité mais leur singleton Carreau les gêne pour contrer. Plusieurs veulent se placer dans les mêmes conditions que le reste du champ, qui se verra confronté (vraisemblablement) à l'ouverture d'1§. Ils seraient intervenus à 1© sur 1§, ils disent donc 2© sur 2§. Quant au risque de manquer un contrat à Pique, ils comptent sur leur partenaire pour les nommer ou faire un cue-bid.


ALDER : 2© – Pas très attirant avec une couleur si faible. Contrer avec singleton Carreau serait encore pire.
BAZE : 2©– On peut encore retrouver les Piques. Un contre ne permet pas de s'en sortir si Ouest soutient et que Nord nomme les Carreaux.
BIRBEAU : 2© – J'ai cinq cœurs et du jeu. Les enchères n'en resteront pas là et nous trouverons la possibilité de citer les Piques.
FENWICK : 2© – J'aurais dit 1© sur 1§ sans hésitation. Sur 2§, je dis 2© avec hésitation. J'exclus le contre, ne soutenant pas Carreaux. Passe est intéressant pour attendre la suite, mais je ne pense pas que je serai mieux placé plus tard pour trouver le bon contrat.
FOUILLET (devin !) : 2© – Les gros honneurs Cœur sont en Nord.
JEANNETEAU, VARLAN : 2© – Si Est avait ouvert d'1§, j'aurais dit 1©, non ? Alors pourquoi changer ? Contre est dangereux : si Nord répond 2¨, je ne pourrais dire 2© qui montrerait 3 ou 4 points de plus. Si ce bon Nord a quatre Piques et du jeu, peut-être me le fera-t-il savoir.
KELDERMANS : On fait ce qu'on peut avec ce qu'on a !
KERLERO : 2© – Difficile, mais j'essaie de me placer dans une situation similaire aux autres tables (1§-1©). Lorsque je contre, Nord dit toujours 2¨.
KOKISH : 2© – Contre si mon partenaire l'accepte. Aucun des miens ne le comprendrait. Une alternative serait 3§ pour les majeures, qui serait le mensonge le moins grave, si nous jouons cette convention.
LANDY : 2© – J'ai horreur de contrer avec un singleton dans une couleur que le partenaire risque de nommer. Sur 2©, il pourra encore dire 2ª.
MARINA : 2© – Si je joue la convention "Equal level conversion", je contre.
MOREAU : 2© – Il me semble impossible
a) de contrer sauf si l'on est convenu qu'il s'agit exclusivement d'un appel aux majeures,
b) de passer. J'espère que le partenaire pourra nommer les piques ou faire un cue-bid, s'il n'est pas fitté.
RIGAUD : 2© – Il faut peut-être contrer pour retrouver les Piques, mais je n'arrive pas à contrer avec le singleton Carreau.
RUSSO : 2© – Le moins mauvais.


Les passeurs redoutent les conséquences d'une action directe et comptent sur leur partenaire pour réveiller. Leur tripleton Trèfle leur fait espérer que, si Ouest accepte le contrat de 2§ en passant, Nord sera en mesure de réveiller avec une courte à Trèfle et quelques points.


HACKETT, HARARI, HORTON, PIGANEAU, TOMESCU, WANUFEL : Passe – Le partenaire est encore là.
BIGAT : Passe – Contrer et nommer les Cœurs sur 2 ou 3¨ montrerait une meilleure main.
CLARET : Passe – Mes quelques Trèfles m'incitent à penser que mon partenaire aura un réveil (à priori à 2¨ sur lesquels j'introduirai mes Cœurs) s'il possède quelques points. 2© présente le triple défaut d'enterrer les Piques, de donner une mauvaise entame (si Ouest nomme les Carreaux ou les SA), et de mettre la tête sur le billot. Quant au contre d'appel, s'il tournera bien quand le partenaire aura une majeure (et encore avec trois cartes seulement à Cœur…), il risque de le faire exploser à Carreau et de colère.
HIRTZ : Passe – Pourquoi chuter quand ils peuvent le faire pour moi !
KLUMPP : Passe – Impossible de contrer avec singleton Carreau. Mais je préfère 2¨ pour les majeures et Contre pour montrer une main balancée.
MATTEI : Passe – La bonne solution est un contre "à l"américaine". Sur une réponse à Carreau, la rectification à Cœur au même palier ne montre aucune force supplémentaire. Passer est trop dangereux . Si j'étais d'humeur optimiste, je contrerais.
SVEINDAL : Passe – Il vaudrait le coup pour une paire de réfléchir à la signification du contre sur cette ouverture. Sans agrément, je passe. Wait and see..

QUERAN : Contre – Comme Bogdan Marina, je n’ai plus de problème dans ce genre de situation.
Je joue le : « Equal Level Convention ». Je Contre, et si mon partenaire nomme les ¨, je dis 2©, qui promet 5© + 5ª. Même situation : 1©(1ª) X — 2§
Si l’ouvreur passe, l’enchère de 2¨ montre cinq cartes à ¨, quatre cartes dans l’autre majeure et une force minimum de 14H.

Que recherche le partenaire ? Un chelem à Pique, certes ! Mais en fonction de quels éléments ? La plupart des experts déclarent 6ª sans ambages, sans envisager le grand chelem. Beaucoup
interprètent l’enchère de 5ª comme demandant un contrôle Carreau.


BIGAT, CARCY, FERRARO, HACKETT, HIRTZ, JACOB, KELDERMANS, LANDY, LEPRINCE, PACAULT,
PIGANEAU, SCHMIDT, TOMESCU
: 6ª – Nord cherche le contrôle Carreau. Je l’ai !
ALDER : 6ª – J'ai un singleton Carreau, deux As et (sans doute) un fit dans les deux couleurs de mon partenaire.
JEANNETEAU : 6ª – Question uniquement technique, Nord me demande le chelem si j'ai le contrôle Carreau. Mon contre est élégant. Je réponds par paliers : Passe = pas de contrôle, 5SA = le Roi, 6¨ = As ou chicane, 6ª = singleton.
FENWICK : 6ª– Sans en être très sûr, je pense que 5ª me demande un contrôle Carreau. Éventuellement, si mes Piques sont beaux. Dans les deux cas, la réponse est oui. Un Cue-bid montrerait des envies de grand chelem, que ma main ne justifie pas.


Certains experts estiment que 5ª est une proposition généralisée, qu’ils décident d’accepter.


CLARET : 6ª – Je suis minimal de mon contre, mais je suis loin d'en avoir honte. Je ne sais pas ce que l'on me veut (pour moi, c'est la qualité des Piques, 5¨ sur le contre étant une interrogative par paliers), mais j'ai tout pour plaire: le quatrième atout, l'As de la couleur, un autre As, une top carte annexe et tous les contrôles, ce qui n'est pas si fréquent.
FOUILLET : 6ª – Je contrôle toutes les couleurs et peut-être douze levées sont-elles réalisables.
IONTZEFF : 6ª – Désir de chelem sans contrôle Trèfle. Moi je l'ai.
KOKISH : 6ª – 5ª est un essai généralisé, avec trop de jeu pour répondre 4ª sur le contre, mais avec un contrôle Carreau. J'ai juste ce qu'il faut pour accepter.
MARINA : 6ª – Je prends 5ª pour une très forte invitation au chelem. Je pense que mes cartes sont bonnes et, même minimum, je déclare le chelem.
MEILLAUD : 6ª – On n'est pas des extra-lucides. Cela sent la donne "alibi".
MEYER : 6ª – Je contrôle les trois couleurs et essentiellement les Carreaux. Je vois en Nord RDVxxx, Ax, xxx, Rx.
MOREAU : 6ª – Certes mon contre est plutôt minimum mais le partenaire semble avoir quelque chose du genre RVxxxx, Ax, xxx, Rx.
RIGAUD : 6ª – Le partenaire a sûrement de longs Piques et un As pour cette enchère. Le grand chelem me paraît douteux.


Quelques experts sont plus optimistes et n'excluent pas le grand chelem


SENIOR : 5SA – Sans commentaire
COLLAROS : 6§ – On aimerait dire 5SA Blackwood, mais cela ne résoudrait pas le problème. Si, sur 6§, on entend 6¨, on dira 6© pour inciter Nord à mettre 7ª. Sinon on se contentera de 6ª.
HORTON : 6§ – Je ne vois pas de mauvais cas à montrer l’As de §, bien que je n'ai aucune idée quant à un grand chelem éventuel.
VARLAN : 6§ – J'ai l’As de ª quatrième – qu'il n'a pas, donc s'il veut savoir la qualité de ma couleur, elle est bonne. 6ª direct n'a le mérite que d'empailler un éventuel grand chelem
ROCHA PINTO : 6¨– Je ne comprends pas 5ª. En disant 6¨, je lui montre quatre Cœurs et quatre Piques. A lui de choisir.

Les passeurs (surtout les français) considèrent que la question posée ne concerne pas les Carreaux, mais plutôt la force générale de la main. Pour eux, l'enchère de 5ª est une enchère "au poids", sorte d'invitation généralisée et déclinent la proposition en raison d'un contre qu'ils estiment minimum.

BEAUVILLAIN : Passe – Minimum, pas de levées, pas de beaux atouts. Espérons ne pas déjà être trop haut. Le singleton n'est plus une plus-value, peut-être une duplication de valeur.

BAZE : Passe – Le partenaire a montré de bons Piques et un contrôle Carreau, sans autre contrôle. Sinon, il aurait nommé le chelem lui-même. Après son Cue-bid, il me demande si ma main me plait, sans m'inquiéter des perdantes à Carreau. Ma main ne me plait pas : j'ai des contrôles mais pas de levées, et mes Cœurs et mes Trèfles sont sans doute mal placés.
BIRBEAU : Passe – J'ai déjà fait un gros effort en contrant 3¨. Il me manque un gros honneur pour appeler 6ª.
HARARI : Passe – C'est une question d'agrément. 5ª directement aurait demandé un contrôle Carreau. Donc ce 5ª différé n'est-il pas une proposition plus générale ? Du coup, je me trouve minimum.
KLUMPP : Passe – Pour moi, 5ª après 4¨ montre de mauvais Piques. 5ª direct sur le contre aurait été une interrogative à Carreau.
KERLERO : Passe – Faute de place, l'enchère de Nord n'est ni une question à Pique, ni une question à Carreau, mais une enchère au poids. Or, même si le quatrième Pique et le singleton Carreau sont sympathiques, je suis quand même minimum.
MATTEI : Passe – 5ª est affirmatif et non interrogatif. Le Cue-bid à 4¨ montrait le contrôle du premier tour. Je lui vois: RDVxxxx, xx, Ax, Dx. Mon contre étant minimum, je n'ai aucune raison d'accepter l'invitation.
J'espère ne pas être trop haut.
SVEINDAL : Passe – Soit le partenaire recherche un soutien à Pique, soit il a un contrôle Carreau avec de bons Piques, par exemple RD10xxx, Rx, Rxx, Rx (?). Si mes cartes lui avaient suffi, il aurait posé le Blackwood.
WANUFEL : Passe – Je pense qu'il me demande la qualité de mes atouts.


QUERAN : 6¨– C’est une main reprise sur le « N@NCY TEX@S », le journal du Bridge Club de Nancy-Jarville, animé par Gérald MASINI. Vous pouvez les retrouver sur leur site : http://bridge-club.com/bcnj/

Mon partenaire m’interroge à Carreau, je lui annonce mon singleton. Je n’ai pas les mêmes paliers que Yves JEANNETEAU, mais l’esprit est le même.
Passe : ¨ xx - 5SA : ¨ Rx - 6§ : ¨ A + § A - 6¨ : Singleton - 6ª : As ou Roi de ª.

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